Concernant la honte, j'ai longtemps cru que c'était parce que j'avais honte de tout que des fois je disais vraiment des choses honteuses histoire de savoir pourquoi j'avais honte, mais je m'aperçois maintenant que c'est plus subtil : en exacerbant ma honte, en la développant (car c'est une recherche tout ce qu'il y a de plus précise et sérieuse), en lui faisant prendre des tours que je ne serais peut-être pas allé jusqu'à prendre dans un état normal (à savoir hors de l'écriture), je peux ainsi la mettre en spectacle, ne pas en être dupe et m'en tenir à distance. Je montre aux autres que je sais que je suis con et qu'il n'y a pas mort d'homme. Sauf que la plupart du temps, les autres pensent que je ne fais pas exprès ou alors que si je fais exprès c'est pour me faire mousser. Or, ça ne m'amuse pas spécialement, c'est juste la manière que j'ai trouvé pour m'en débarrasser le plus possible, la traire au maximum. J'attends toujours la dernière goutte.

Je repense soudain à un avatar éternel de ma honte : quand je vais très bien, il faut que j'écoute de la musique qui s'en moque ou qui mime la joie de manière risible, histoire d'avoir honte de vivre si bien vu que je suis trop bête pour le mériter, pour assumer cette euphorie sur mes épaules. Quand je pensais être sincèrement dans l'exultation, c'était du pipeau : je singeais.

On en vient ici à mon vrai truc perpétuel : je ne sais pas ce que j'aime, je ne sais pas ce que je veux vivre, je ne sais pas ce qui m'a "marqué" (tout ce que je mets entre guillemets, c'est tout ce que je voudrais dire autrement mais que je n'y arrive pas). J'en parle aussi ici.