03 juillet 2014

C'est bien le manque d'importance accordé au corps qui est révélateur en soi et non pas ce que j'ai construit par dessus. Les "peurs" et autres "inhibitions", c'est pour pouvoir changer de sujet, c'est circonscrire. C'est faire son intéressant à partir d'un désintérêt. Tous les gens qui se trompent font ça : on systématise, on extrapole des actes cons que l'on puise à une source de connerie qui aurait pu se tarir petit à petit. On meuble, encore et toujours. ("Meubler" est en droit de faire son entrée dans ma déchetterie de mots.)

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04 juillet 2014

Tous ces comiques de télé je les envie et en même temps je ne les comprends pas : ils ont eu besoin si tôt de retomber en enfance ? Si je m'étais dirigé vers la comédie après le lycée, ça aurait été comme ne pas prendre le temps de faire le point sur ce qu'il y avait dans ma tête (mes bandes dessinées folles ne servaient qu'à ça : à aplanir ; eh oui, malgré leur forme ; car mes pensées étaient encore pires ; j'ai ensuite cherché à explorer ce pire par l'échange public sur internet, ce qui a créé encore plus d'incompréhension). Maintenant que le point est plus ou moins fait, j'ai le choix entre me mettre vraiment à l'écriture (ce que je tente de faire ici mais lentement) et devenir comique de télé. Vous comprendrez que la voie choisie ne le sera que par pur pragmatisme. (Être un comique du net ? Jamais de la vie ! Autant devenir businessman.)

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05 juillet 2014

C'était un ras-le-bol concernant mes allergies. J'avais prévu d'aller à l'école mais à peine sorti je me suis senti plus bas que tout, donc je suis revenu en claquant la porte du garage. Première fois que mon corps disait vraiment non. Mais tout en disant non et tout en claquant la porte, j'avais l'impression de surjouer, il y avait comme une petite voix intérieure qui me chuchotait "'aujourd'hui tu commences à prendre un mauvais pli, tu as établi une limite de souffrance physique à ne pas dépasser, sans travailler sur celle-ci dans le calme ; cela te mènera à une quantité impressionnante d'échecs en tous genres qui te conduiront à faire un blog nommé Immobile et agité qui ne sera lu que par trois ou quatre personnes". Je suis sûr qu'elle m'a dit ça, mais ma douleur butée criait trop fort et ça masquait tout. (Mon excuse : la douleur était bien là ; ma faute absolue : elle était butée.)

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06 juillet 2014

Quand je lis un truc sur le deuil et que je me demande pourquoi ça ne me parle pas, je trouve vite la réponse : le deuil y est présenté comme un événement, une épreuve, une étape de la vie. Quand on a perdu sa mère à sept ans, on ne peut pas considérer ça comme une "étape" car il n'y a rien eu avant ; c'est donc une naissance. Le terme "deuil" est un terme d'adulte, pour moi c'est juste le début de la vie, je ne peux pas l'imaginer autrement. Tout ce que je suis je le suis parce que ma mère est morte. C'est la condition sine qua non de Lucas Taïeb.

Je me dis souvent que la mort de mon grand-père trois années plus tard m'a tout autant constitué, mais curieusement, le concernant, je me prends parfois à rêvasser dans le genre "s'il était encore vivant...", rêvasserie qui m'est absolument inconcevable pour ma mère, preuve que cela reviendrait à dire "si je n'étais pas né...". Mon goût tragique pour l'absurde doit venir de là : la plus grande absurdité mentale c'est de m'imaginer que ma mère ne serait pas morte ; tout le reste me paraît déjà moins fou.

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09 juillet 2014

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16 juillet 2014

Il y a longtemps que je nomme cette chose "l'esprit collégien", je vais essayer de l'expliquer. Au collège j'étais moqué tout autant par les dissipés que par les sérieux : pour les premiers j'étais trop pince-sans-rire, pour les seconds j'étais trop con. La moindre blague un peu drôle, un peu absurde était rabrouée par les deux assemblées. Il me semblait que les ornières de tous ces gens étaient horriblement marquées. Encore aujourd'hui, c'est dans les réactions d'une certaine faune culturelle que je les retrouve : sortir du pré carré n'y est autorisé que dans le cadre d'une Oeuvre qui se pose et s'oppose, sinon c'est déconcentrer, noyer, diverger alors qu'il faudrait disserter sur la divergence. La réaction épidermique y est théorisée jusqu'à devenir une posture politique. On sent encore et toujours l'adolescent qui macère dans sa rectitude. C'est l'esprit collégien.

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20 juillet 2014

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23 juillet 2014

À chaque fois que j'ai une "idée", je peux être sûr que ça ne suivra pas. Par contre, quand je pars sans rien et que je m'ouvre à ce qui vient, là ça donne souvent quelque chose. Je retrouve ces penchants dans l'art que j'affectionne, c'est ça qui me fait dire parfois que je tiens quand même peut-être le bon bout.

Par exemple en ce moment j'ai un rêve : faire un album où chaque chanson traite d'un camarade de collège ou de lycée mais sans trop de paroles, avec surtout des rythmes et des mélodies, une sorte d'électronique de maison mais tout à la voix, un peu comme ce que fait Lucas Schwartz. Or, je m'y suis mis et j'ai trouvé ça en dessous de tout, alors que tout était très précis dans ma tête. 

Il ne faut surtout pas que j'aie pensé les choses avant pour qu'elle adviennent ensuite, je ne pourrai donc jamais embrasser ces drôles de professions que sont "romancier" ou "scénariste".

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28 juillet 2014

Je fais donc un album de chansons sur ma vie par l'intermédiaire des personnes que j'ai fréquentées pendant mes années de collège et de lycée, les seules où j'ai vraiment vécu avec les autres. Tout traite du passé que l'on aimerait voir revivre, qu'il soit lointain ou proche, éphémère parce que marquant ou marquant parce qu'éphémère.

 

1. "Deux parents", ballade-fanfare déchirante.

Eux ils avaient deux parents, moi j'en avais qu'un seul / Eux ils avaient deux parents [ad libitum]

Introduction qui se rapporte aux enfants de ma belle-mère qui, eux, avaient un père alors que moi je n'avais plus de mère.

 

2. "Taofik Boudhib", beat chaloupé.

Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / Peut-être que son grand-père a connu mon grand-père / Peut-être que mon grand-père a connu son grand-père / en Tunisie / Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / Je lui avais dit que j'étais presque tunisien, il m'appelait son demi-moi / Mais je ne lui avais pas dit que j'étais juif car un jour il avait dit un truc contre les juifs / Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / "Juifs, Arabes, ensemble"

Le manque, l'affection, la honte et la méfiance.

 

3. "Axel Attala", pop-rock à la rythmique à la fois rapide et décalée.

Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras / Le chat c'est pas Axel qui l'avait c'était moi / Et c'était pas dans mes bras mais dans sa caisse / Axel était en costard, devait revenir du boulot / Moi les seules responsabilités que j'ai c'est d'avoir un chat / Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras / Axel m'a pas vu ou alors il a pas voulu / Dommage car j'aurais bien aimé lui reparler / Il faisait tout sérieux avec son costard, c'était bizarre / Est-ce qu'il y a quelque chose qui dit au départ que plus tard on sera plutôt costard ou plutôt chat / Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras

Quand il se trouve que j'ai croisé récemment la personne en question, c'est ça qui fait forcément l'objet de la chanson.

 

4. "Sary Drappeau", comptine entraînante.

Eh oui, tout est toujours dans la statuette en marbre au fond du CDI / Eh oui, tout y est toujours / Toumdoudoumdoum / Eh oui, tout est toujours dans la statuette en marbre au fond du CDI [ad libitum]

Parce qu'une fois il avait dit à quelqu'un que quelque chose (je ne sais plus quoi) se trouvait dans la statuette en marbre au fond du CDI (alors que bien sûr c'était impossible). 

 

5. "Aurélien Antoine Florent Mickaël toi-même tu sais Mega Mix", morceaux de phrases samplées sur de la techno. 

On a mattthhhsss / On a fra' / On ne sort pas, ça n'a pas sonné / Comme vous vous en doutez, je n'suis pas Monsieur Physique, je suis Monsieur Sallet / [scratch] sur les parrrrois du tubbbe / [scratch] parois du tube [scratch] parois du tube [scratch] parois du tube / Fatima Mehental [scratch] / c'est un fantôme ? [scratch] c'est un fantôme ? [scratch] c'est un fantôme ? / Pinguis, pingui : gras, bien nourri / Ouais faut vraiment être con pour acheter un cahier d'EPS / Quand je regarde ma trousse, je n'vois plus l'prof de maths / On a mattthhhsss / On a fra' / On ne sort pas... [ad libitum]

Il faut qu'on ressente à la fois le côté hypnotisant (ce seront les vraies voix des personnes concernées qui seront enregistrées) et le côté Marabout/Bout d'ficelle/Selle de ch'val.

 

6. "Paul Durand", suite directe car même esprit techno mais avec une instrumentalisation différente, qui se fait de plus en plus primitive.

Aux caisses !!!!! / Aux caisses !!!!! / AUX CAISSES !!!!!!!!! [ad libitum]

Il disait "aux caisses" pour "au goal" ou "dans la cage", j'ai cherché depuis si ça se disait mais sans succès.

 

7. "Adrien Combourieu", punk-rock furieux qui amorce définitivement le virage abrasif de l'album.

C'est à cause de Combourieu !!! / Adrien Combourieu !!! / À chaque fois que je disais ou faisais une chose, il me regardait avec un regard moqueur / J'avais l'impression d'être toujours à côté d'la plaque / C'est pour ça qu'après je n'ai plus rien tenté / C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai raté trop de coches / C'est à cause de Combourieu !!!! / Adrien Combourieu !!!! / Aujourd'hui sur internet on le voit naviguer sur un bateau / Moi aussi j'aurais bien aimé pouvoir naviguer sur un bateau / S'il n'y avait pas eu Combourieu !!!!! / Adrien Combourieu !!!!! / C'est à cause de Combourieu !!!!!!!

Encore aujourd'hui, je ne sais pas si c'était déjà ma parano qui me faisait imaginer qu'il me trouvait tout le temps naze ou s'il y avait du vrai. Je n'existais pas vraiment à l'époque, il faut dire.

 

8. "Farid Bader", morceau aux deux facettes : couplet façon rock expérimental avec voix parlée, refrain chanté plus lent façon pop-song mélancolique.

Couplet : Désolé Madame Bertrand, je vous croise parfois au Monoprix mais je croise aussi souvent Farid dans ma rue et je peux vous l'assurer, contrairement à ce que vous disiez... / Refrain : ...il ne fait pas un bruit formidable, il ne fait toujours pas de bruit formidable / Couplet : Pourtant je tends l'oreille, quand il est avec ses amis, quand il passe à côté de moi, mais vraiment rien de rien, que dalle, chou blanc, je vous jure... / Refrain : ...il ne fait pas un bruit formidable, il ne fait toujours pas de bruit formidable 

Deux personnes que je croise ou croisais régulièrement dans mon quartier sont reliées à une même anecdote : ma professeure d'Anglais de 5ème, Madame Bertrand, s'était brusquement énervée contre Farid Bader, élève silencieux du fond de la classe, parce qu'il avait fait tomber malencontreusement sa chaise, ce qui avait fait "un bruit formidable" (sic).

 

9. "Clément Petit dit Sushi", un interlude insouciant, comme une pirouette en forme de rock festif que tout le monde doit scander.

Est-ce qu'on l'appelle encore Sushi, Petit ? Est-ce qu'on l'appelle encore.... [choeurs] Sushi !!!!!! / Est-ce qu'on l'appelle encore Petit, Sushi ? Est-ce qu'on l'appelle encore.... [choeurs] Petit !!!!!!

Ce dénommé Clément Petit se faisait réellement surnommer "Sushi" et l'on pourra remarquer une fois de plus la thématique du temps qui passe et de l'identité fluctuante.

 

10. "Florian Novat", façon 'chanson française très triste au piano'.

Rangez les blagues nulles, rangez l'trip absurde, avec lui c'est du sérieux / Rangez les fous rires pendant les exposés, pendant les fautes de frappe / Ça rigole pas avec Novat, ça rigole surtout pas / "Tes dessins c'est moche mais tes textes chapeau", m'avait-il dit / J'aurais dû l'écouter et je n'en serais pas là / Ça rigole pas avec Novat, ça rigole surtout pas

J'ai beaucoup pesté contre le rigorisme persévérant de Florian Novat (il était capable de m'engueuler parce que je ne pouvais pas m'empêcher de m'esclaffer après une faute de frappe sur un ordi) mais c'est peut-être lui qui avait raison, je le reconnais désormais.

 

11. "Que pensez-vous de Lucas Taïeb ? (remix)" : la première version est écoutable ici.

 

Bonus track : "Taofik Boudhib Dub", version instrumentale de "Taofik Boudhib".

 

Je m'arrête là car onze chansons ça suffit pour un album traditionnel de pop, mais j'aurais pu trouver d'autres sujets, il me manque seulement les paroles : "Thibaut Delhomme" par exemple, j'ai été flatté qu'il m'ait reconnu dans la rue et qu'il ait été content de me voir, "Akram Ouechtati" qui est devenu tout gentil, "Loup Crouzet" qui était quelqu'un de formidable et peut-être celui qui m'a le plus compris ex-aequo avec mon meilleur ami, qui lui aussi aurait bien sûr mérité sa chanson malgré que tout l'album lui soit déjà dédié.

À la rigueur, pour Loup, j'aurais pu faire encore un hymne techno-dance avec "Y'a un trou dans l'pont", phrase qu'il avait criée après une manif' alors qu'il était bourré sur un pont, mais ça serait trop réduire l'homme qui savait se faire tendre et avec qui j'ai partagé mon moi profond.

Je ne sais pas quand ça sortira.

 

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31 juillet 2014

C'est d'autant plus difficile de régler les problèmes de sa tête quand on les fuit en voulant régler les problèmes de son corps, comme si c'était ça qui allait le faire, alors que tout est bien distinct. En plus, ça nous rappelle les limites de notre corps, ce qui aggrave encore celles de la tête. Il ne faut pas chercher à "régler en vue de". Rien ne doit être un "moyen".

C'est d'autant plus difficile de régler les problèmes de son corps quand on les fuit en voulant régler les problèmes de sa tête, comme si c'était ça qui allait le faire, alors que tout est bien distinct. En plus, ça nous rappelle les limites de notre tête, ce qui aggrave encore celles du corps. Il ne faut pas chercher à "régler en vue de". Rien ne doit être un "moyen".

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