Je fais donc un album de chansons sur ma vie par l'intermédiaire des personnes que j'ai fréquentées pendant mes années de collège et de lycée, les seules où j'ai vraiment vécu avec les autres. Tout traite du passé que l'on aimerait voir revivre, qu'il soit lointain ou proche, éphémère parce que marquant ou marquant parce qu'éphémère.

 

1. "Deux parents", ballade-fanfare déchirante.

Eux ils avaient deux parents, moi j'en avais qu'un seul / Eux ils avaient deux parents [ad libitum]

Introduction qui se rapporte aux enfants de ma belle-mère qui, eux, avaient un père alors que moi je n'avais plus de mère.

 

2. "Taofik Boudhib", beat chaloupé.

Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / Peut-être que son grand-père a connu mon grand-père / Peut-être que mon grand-père a connu son grand-père / en Tunisie / Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / Je lui avais dit que j'étais presque tunisien, il m'appelait son demi-moi / Mais je ne lui avais pas dit que j'étais juif car un jour il avait dit un truc contre les juifs / Taofik, Taofik Boudhib, Taofik / "Juifs, Arabes, ensemble"

Le manque, l'affection, la honte et la méfiance.

 

3. "Axel Attala", pop-rock à la rythmique à la fois rapide et décalée.

Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras / Le chat c'est pas Axel qui l'avait c'était moi / Et c'était pas dans mes bras mais dans sa caisse / Axel était en costard, devait revenir du boulot / Moi les seules responsabilités que j'ai c'est d'avoir un chat / Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras / Axel m'a pas vu ou alors il a pas voulu / Dommage car j'aurais bien aimé lui reparler / Il faisait tout sérieux avec son costard, c'était bizarre / Est-ce qu'il y a quelque chose qui dit au départ que plus tard on sera plutôt costard ou plutôt chat / Croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras, croiser Axel Attala, avec un chat dans les bras

Quand il se trouve que j'ai croisé récemment la personne en question, c'est ça qui fait forcément l'objet de la chanson.

 

4. "Sary Drappeau", comptine entraînante.

Eh oui, tout est toujours dans la statuette en marbre au fond du CDI / Eh oui, tout y est toujours / Toumdoudoumdoum / Eh oui, tout est toujours dans la statuette en marbre au fond du CDI [ad libitum]

Parce qu'une fois il avait dit à quelqu'un que quelque chose (je ne sais plus quoi) se trouvait dans la statuette en marbre au fond du CDI (alors que bien sûr c'était impossible). 

 

5. "Aurélien Antoine Florent Mickaël toi-même tu sais Mega Mix", morceaux de phrases samplées sur de la techno. 

On a mattthhhsss / On a fra' / On ne sort pas, ça n'a pas sonné / Comme vous vous en doutez, je n'suis pas Monsieur Physique, je suis Monsieur Sallet / [scratch] sur les parrrrois du tubbbe / [scratch] parois du tube [scratch] parois du tube [scratch] parois du tube / Fatima Mehental [scratch] / c'est un fantôme ? [scratch] c'est un fantôme ? [scratch] c'est un fantôme ? / Pinguis, pingui : gras, bien nourri / Ouais faut vraiment être con pour acheter un cahier d'EPS / Quand je regarde ma trousse, je n'vois plus l'prof de maths / On a mattthhhsss / On a fra' / On ne sort pas... [ad libitum]

Il faut qu'on ressente à la fois le côté hypnotisant (ce seront les vraies voix des personnes concernées qui seront enregistrées) et le côté Marabout/Bout d'ficelle/Selle de ch'val.

 

6. "Paul Durand", suite directe car même esprit techno mais avec une instrumentalisation différente, qui se fait de plus en plus primitive.

Aux caisses !!!!! / Aux caisses !!!!! / AUX CAISSES !!!!!!!!! [ad libitum]

Il disait "aux caisses" pour "au goal" ou "dans la cage", j'ai cherché depuis si ça se disait mais sans succès.

 

7. "Adrien Combourieu", punk-rock furieux qui amorce définitivement le virage abrasif de l'album.

C'est à cause de Combourieu !!! / Adrien Combourieu !!! / À chaque fois que je disais ou faisais une chose, il me regardait avec un regard moqueur / J'avais l'impression d'être toujours à côté d'la plaque / C'est pour ça qu'après je n'ai plus rien tenté / C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai raté trop de coches / C'est à cause de Combourieu !!!! / Adrien Combourieu !!!! / Aujourd'hui sur internet on le voit naviguer sur un bateau / Moi aussi j'aurais bien aimé pouvoir naviguer sur un bateau / S'il n'y avait pas eu Combourieu !!!!! / Adrien Combourieu !!!!! / C'est à cause de Combourieu !!!!!!!

Encore aujourd'hui, je ne sais pas si c'était déjà ma parano qui me faisait imaginer qu'il me trouvait tout le temps naze ou s'il y avait du vrai. Je n'existais pas vraiment à l'époque, il faut dire.

 

8. "Farid Bader", morceau aux deux facettes : couplet façon rock expérimental avec voix parlée, refrain chanté plus lent façon pop-song mélancolique.

Couplet : Désolé Madame Bertrand, je vous croise parfois au Monoprix mais je croise aussi souvent Farid dans ma rue et je peux vous l'assurer, contrairement à ce que vous disiez... / Refrain : ...il ne fait pas un bruit formidable, il ne fait toujours pas de bruit formidable / Couplet : Pourtant je tends l'oreille, quand il est avec ses amis, quand il passe à côté de moi, mais vraiment rien de rien, que dalle, chou blanc, je vous jure... / Refrain : ...il ne fait pas un bruit formidable, il ne fait toujours pas de bruit formidable 

Deux personnes que je croise ou croisais régulièrement dans mon quartier sont reliées à une même anecdote : ma professeure d'Anglais de 5ème, Madame Bertrand, s'était brusquement énervée contre Farid Bader, élève silencieux du fond de la classe, parce qu'il avait fait tomber malencontreusement sa chaise, ce qui avait fait "un bruit formidable" (sic).

 

9. "Clément Petit dit Sushi", un interlude insouciant, comme une pirouette en forme de rock festif que tout le monde doit scander.

Est-ce qu'on l'appelle encore Sushi, Petit ? Est-ce qu'on l'appelle encore.... [choeurs] Sushi !!!!!! / Est-ce qu'on l'appelle encore Petit, Sushi ? Est-ce qu'on l'appelle encore.... [choeurs] Petit !!!!!!

Ce dénommé Clément Petit se faisait réellement surnommer "Sushi" et l'on pourra remarquer une fois de plus la thématique du temps qui passe et de l'identité fluctuante.

 

10. "Florian Novat", façon 'chanson française très triste au piano'.

Rangez les blagues nulles, rangez l'trip absurde, avec lui c'est du sérieux / Rangez les fous rires pendant les exposés, pendant les fautes de frappe / Ça rigole pas avec Novat, ça rigole surtout pas / "Tes dessins c'est moche mais tes textes chapeau", m'avait-il dit / J'aurais dû l'écouter et je n'en serais pas là / Ça rigole pas avec Novat, ça rigole surtout pas

J'ai beaucoup pesté contre le rigorisme persévérant de Florian Novat (il était capable de m'engueuler parce que je ne pouvais pas m'empêcher de m'esclaffer après une faute de frappe sur un ordi) mais c'est peut-être lui qui avait raison, je le reconnais désormais.

 

11. "Que pensez-vous de Lucas Taïeb ? (remix)" : la première version est écoutable ici.

 

Bonus track : "Taofik Boudhib Dub", version instrumentale de "Taofik Boudhib".

 

Je m'arrête là car onze chansons ça suffit pour un album traditionnel de pop, mais j'aurais pu trouver d'autres sujets, il me manque seulement les paroles : "Thibaut Delhomme" par exemple, j'ai été flatté qu'il m'ait reconnu dans la rue et qu'il ait été content de me voir, "Akram Ouechtati" qui est devenu tout gentil, "Loup Crouzet" qui était quelqu'un de formidable et peut-être celui qui m'a le plus compris ex-aequo avec mon meilleur ami, qui lui aussi aurait bien sûr mérité sa chanson malgré que tout l'album lui soit déjà dédié.

À la rigueur, pour Loup, j'aurais pu faire encore un hymne techno-dance avec "Y'a un trou dans l'pont", phrase qu'il avait criée après une manif' alors qu'il était bourré sur un pont, mais ça serait trop réduire l'homme qui savait se faire tendre et avec qui j'ai partagé mon moi profond.

Je ne sais pas quand ça sortira.